Ebola

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Le 15 mai 2026, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa Centres for Disease Control and Prevention), l’agence de santé publique de l’Union africaine (lien archivé ici), a annoncé l’apparition d’un nouveau foyer de maladie à virus Ebola dans l’est de la République Démocratique du Congo. Le même jour, le Gouvernement congolais a officiellement déclaré la 17e épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola dans le pays (lien archivé ici). Le virus en cours de propagation est dû à la souche Bundibugyo. D’après les premières données communiquées par les autorités sanitaires, 246 cas suspects et 80 décès ont été enregistrés, principalement dans les zones de santé de Mongbwalu et Rwampara, en province de l’Ituri. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, la désinformation se propage aussi rapidement que les cas de contamination, et contribue à renforcer les inquiétudes au sein de la population.   

Aucun vaccin n’est administré aux élèves à Mongbwalu

À Mongbwalu, considérée comme l’un des principaux foyers de l'épidémie épicentre en Ituri, des rumeurs persistantes affirment, à tort, que des vaccins contre Ebola seraient administrés aux élèves dans certains établissements scolaires.

Selon les témoignages de plusieurs parents recueillis par Freddy Upar, correspondant d’Actualité.cd à Bunia, ces informations circulent essentiellement par le bouche-à-oreille et sur les réseaux sociaux. Ces affirmations sont toutefois fausses. 

Malgré les démentis des autorités sanitaires, ces rumeurs ont déjà provoqué des conséquences visibles. Ces derniers jours, plusieurs élèves du primaire ont cessé de fréquenter l’école, des parents préférant les garder à domicile par crainte pour leur sécurité. La propagation de ces fausses informations alimente ainsi un climat de peur et de méfiance au sein de la communauté.

Sur Tiktok, une internaute a affirmé dans une vidéo de plus de dix minutes que le “mélange de feuilles de goyave, oignon rouge, cannelle, bissap, clou de girofle, gingembre et poivre noir en grain peut guérir la nouvelle souche d’Ebola”. 

À ce jour, il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique contre la souche Bundibugyo, à l’origine de la 17e épidémie d’Ebola en RDC. C’est ce qu’a déclaré le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, lors d’un briefing de presse, coanimé le 26 mai 2026 avec le ministre de la Communication et médias (lien archivé ici). 

Le ministre a toutefois indiqué que les autorités congolaises ont sollicité auprès des États-Unis l’accès à un anticorps monoclonal expérimental développé par des chercheurs américains. Selon lui, ce traitement aurait montré des résultats prometteurs lors de premiers essais contre trois souches du virus Ebola : Zaïre, Soudan et Bundibugyo. Les autorités espèrent obtenir un échantillon de cette molécule afin de mener des essais cliniques sur les patients en RDC.

Le ministre a aussi précisé que le produit devra d’abord être testé en laboratoire avant toute administration aux patients.

Par ailleurs, selon  RFI (lien archivé ici), plusieurs candidats vaccins contre la souche Bundibugyo sont actuellement en développement. Le premier, basé sur la plateforme vaccinale de la firme pharmaceutique Merck, nécessiterait encore entre six et neuf mois avant le lancement d’essais cliniques, et aucune dose n’est disponible pour le moment. Le second est développé par l’Université d’Oxford en partenariat avec le Serum Institute of India. Des doses destinées à des essais pourraient être prêtes dans un délai de deux à trois mois. Toutefois, aucune donnée animale ou humaine ne permet encore d’évaluer son efficacité.

De son côté, la Russie a annoncé que ses scientifiques avaient mis au point un vaccin contre cette nouvelle souche émergente du virus Ebola (lien archivé ici).

RFI annonce également que Gavi, l’Alliance mondiale pour le vaccin, dispose d’un stock mondial de dose d’Ervebo, dont 2 000 doses sont déjà présentes en RDC et pourraient être déployées rapidement (lien archivé ici). Cependant, précise le média, ce vaccin cible exclusivement la souche Zaïre du virus Ebola et non la souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle dans l’est du pays.      

Des agents déployés sur terrain pour propager la maladie ? Faux

Une note vocale largement relayée dans plusieurs groupes WhatsApp à Bunia et Mongbwalu, et que Lokuta Mabe a pu écouter, propage une fausse théorie selon laquelle le virus Ebola serait une maladie fabriquée et propagée à l’aide de comprimés dissous dans des toilettes.

L’enregistrement, d’une durée exacte de 2 minutes et 48 secondes, contient la voix d’une femme s’exprimant en lingala. Dans son message, elle affirme que des agents auraient été déployés dans la région pour « distribuer » le virus Ebola. Selon ses allégations, ces individus détiendraient des comprimés contenant des microbes qu’ils dissoudraient dans les toilettes après avoir demandé à les utiliser. Elle soutient également que toute personne entrant dans ces toilettes après leur passage contracterait automatiquement le virus.

La femme affirme enfin que ces prétendus agents recevraient une rémunération de 500 dollars américains en fonction du nombre de personnes contaminées.

Une autre vidéo que nous avons visualisée montre un homme présenté comme un tradipraticien interceptant un individu accusé de « distribuer Ebola ». Selon le récit livré dans la séquence, des enfants auraient surpris des personnes en train de verser un produit suspect dans les toilettes.

L’homme explique que les enfants lui auraient signalé la présence d’individus manipulant une substance qu’ils soupçonnaient d’être dangereuse. Il affirme que des habitants surveillaient déjà les mouvements de ces personnes depuis plusieurs heures, avant que lui, ne les intercepte finalement près d’un grand caniveau, où elles auraient également manipulé le produit incriminé.

Dans la vidéo, l’homme dit avoir exigé des explications sur l’origine de cette substance, cherchant notamment à savoir qui l’avait envoyée, où elle avait été fabriquée et dans quel but elle était utilisée. Le produit aurait ensuite été présenté dans un sachet comportant, selon lui, des indications laissant penser qu’il provenait de Kinshasa ainsi qu’un mode d’emploi.

Mais attention : ces affirmations ne reposent sur aucune preuve scientifique. La maladie à virus Ebola est bien réelle et continue d’affecter de nombreuses personnes. Les modes de transmission évoqués dans ces rumeurs ne sont pas reconnus scientifiquement. 

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, (OMS), le virus Ebola peut se transmettre à l’être humain lors d’un contact étroit avec le sang, les sécrétions, les organes ou d’autres liquides biologiques d’animaux infectés, notamment des chauves-souris frugivores, chimpanzés, gorilles, singes, antilopes forestières ou porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale (lien archivé ici).

La transmission entre humains se produit principalement par contact direct, à travers des plaies, des éraflures ou les muqueuses, avec : le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée ou décédée d’Ebola ; des objets ou surfaces contaminés par ces liquides biologiques, comme le sang, les vomissures ou les excréments.

Le virus se propage par contact avec des fluides corporels infectés, et non par les méthodes évoquées dans les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux (lien archivé ici).

Une riposte qui tarde à se mettre en place 

Malgré la multiplication des cas confirmés et les efforts de riposte déployés par les autorités sanitaires, une partie de la population demeure sceptique et méfiante.

La ville de Mongbwalu en Ituri est considérée comme l’épicentre de l’épidémie. Elle concentre le plus de cas suspects et déclarés d’Ebola, et de sérieuses inquiétudes : manque de structures d'isolement, enterrements non sécurisés et 36 patients qui se sont enfuis … La riposte tarde à se mettre en place.

Le 21 mai 2026, un hôpital de Rwampara, où étaient pris en charge des patients atteints de la maladie à virus Ebola, a été incendié par une foule en colère (lien archivé ici). Les violences ont éclaté après que les proches d’un jeune homme, présumé décédé des suites de la maladie, ont tenté de récupérer sa dépouille pour procéder à son inhumation. Le refus de l’établissement de leur remettre le corps a provoqué des tensions qui ont dégénéré en affrontements.

Dans la nuit du 22 mai, une tente installée par Médecins Sans Frontières (MSF) à l’hôpital de Mongbwalu, en Ituri, a été incendiée par la population (lien archivé ici).

Le 1er juin, quatre volontaires de la Croix-Rouge impliqués dans la riposte à l’épidémie ont été grièvement blessés au cimetière de Nyamurongo, à Bunia, lors de violences survenues pendant les funérailles d’une personne décédée de la maladie (lien archivé ici). Les affrontements ont éclaté lorsque des jeunes, en colère, ont tenté de forcer l’ouverture du cercueil du défunt.

Sur les ondes de RFI, le directeur de l’hôpital s’est inquiété de cet incident, qui accroît, selon lui, le risque de diffusion du virus dans cette ville de 130 000 habitants (lien archivé ici).

Le corps d’une personne décédée de la maladie à virus Ebola demeure contagieux. Tout contact direct avec la dépouille présente un risque de transmission, notamment lors de certains rites funéraires où il est de coutume de toucher ou d’embrasser le défunt.

Cependant, la méfiance d’une partie de la population est alimentée par de nombreuses rumeurs. Sur les groupes WhatsApp notamment, la désinformation continue de circuler, avec des affirmations telles que : « cette maladie a été fabriquée », « les humanitaires ont introduit la maladie » ou encore « les humanitaires prélèvent les parties intimes des personnes décédées ». Ces allégations ne reposent sur aucun élément factuel et contribuent à fragiliser les efforts de riposte.

Ce qu’il faut savoir sur cette nouvelle vague d’Ebola

Le 15 mai 2026, le gouvernement de la République démocratique du Congo a annoncé la survenue de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays (lien archivé ici). L’épidémie s’est ensuite propagée aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Face à cette situation, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a classée comme une urgence de santé publique de portée internationale (lien archivé ici). La flambée est causée par une souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est actuellement disponible.

La maladie à virus Ebola est une infection virale grave qui provoque une fièvre hémorragique hautement contagieuse et souvent mortelle chez l’être humain (lien archivé ici). Le virus a été découvert en 1976 à la suite de deux flambées épidémiques survenues presque simultanément au Soudan et en République démocratique du Congo. Parmi les différentes espèces du virus Ebola, trois sont principalement responsables des grandes épidémies chez l’homme : le virus Ebola, le virus Soudan et le virus Bundibugyo. La maladie présente un taux de létalité moyen d’environ 50 %, bien que celui-ci ait varié entre 25 % et 90 % lors des précédentes flambées, selon les contextes et les capacités de prise en charge.

Au 1er juin 2026, l'épidémie de maladie à virus Ebola en République Démocratique du Congo (RDC) totalisait plus de 321 cas confirmés et au moins 48 décès confirmés. Par ailleurs, six patients ont été déclarés guéris et ont pu regagner leur domicile (lien archivé ici). 

Ce qu’il faut faire face à une infox sur l’épidémie

En période d’urgence sanitaire, les fausses informations se propagent souvent aussi rapidement que la maladie elle-même. Rumeurs sur les vaccins, prétendus remèdes miracles, modes de transmission inventés ou théories complotistes : ces contenus peuvent semer la confusion, alimenter la peur et pousser certaines personnes à adopter des comportements dangereux.

Face à une information liée à l’épidémie, il est important de ne pas la considérer comme vraie simplement parce qu’elle a été largement partagée ou qu’elle provient d’un proche. Une attitude prudente et critique reste le meilleur rempart contre la désinformation.

Avant de partager une information, posez-vous quelques questions essentielles : qui en est l’auteur ? Quelle est la source originale ? L’information est-elle relayée par des organismes de santé reconnus ou par des médias crédibles ? Des preuves ou des données vérifiables sont-elles fournies ?

Les audios WhatsApp anonymes, les vidéos sans contexte, les captures d’écran dépourvues de source identifiable ou les messages qui prétendent révéler une « vérité cachée » doivent être abordés avec une grande prudence. De même, méfiez-vous des contenus qui cherchent à provoquer une réaction émotionnelle forte, comme la peur ou la colère, afin d’inciter à un partage immédiat.

Pour vérifier l’authenticité d’une information, il est recommandé de consulter les canaux officiels, notamment les communications du ministère de la Santé publique, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Africa CDC ou des autorités sanitaires locales. Comparer plusieurs sources fiables permet également de repérer d’éventuelles contradictions ou manipulations. Il faut aussi consulter des médias d'information fiables. 

Si une photo ou une vidéo accompagne une publication, il est utile de vérifier son contexte. Des images anciennes ou prises dans d’autres pays sont parfois réutilisées pour illustrer à tort une situation actuelle.

Enfin, lorsqu’un doute subsiste, le réflexe le plus sûr est de ne pas partager le contenu. Une information non vérifiée peut contribuer à amplifier la confusion et compliquer davantage la réponse à l’épidémie.

James Mutuba